Une culture entrepreneuriale passe par des ressources accessibles
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Dans un article publié dans Argent en février 2010, Charles Sirois dénonce le manque de culture entrepreneuriale au Québec. Je suis tout-à-fait d'accord avec lui sur ce point. Mais ce n'est pas qu'une culture entrepreneuriale qui fait défaut selon moi. C'est un ensemble d'outils accessibles et abordables qui permettent de développer et d'intégrer les traits entrepreneuriaux si importants dans nos sociétés.
Encourager le développement de la culture entrepreneuriale, c'est la responsabilité de chacun d'entre-nous. Pour y arriver, je crois qu'il faudra d'abord changer de paradigme. Contrairement au peuple américain, lequel est souvent le point de référence en terme d'image entrepreneuriale, le Québec ne fut pas construit autour du risque. D'ailleurs, d'une perspective sémantique, le risque est associé à la récompense chez nos voisins alors qu'il évoque l'échec chez nous. Ce n'est pas étonnant alors que peu d'entre-nous cherchions à encourager l'entrepreneurship. C'est en encourageant les gens à prendre plus de risques et en les valorisant dans le processus que nous pourrons arriver à changer cette culture. Lorsque nous découvrons que ce n'est pas mal de faire des erreurs, que ce n'est qu'une composante du processus de réussite, nous arrivons beaucoup plus facilement à prendre des risques.
Cependant, ce n'est pas tout d'encourager cette culture. il faut aussi outiller ceux qui désirent prendre cette route professionnelle car la volonté et l'encouragement ne font pas tout. Moi-même entrepreneur, je puis vous dire que souvent, les ressources ne sont pas si accessibles qu'elles prétendent l'être. Prendre un abonnement à une chambre de commerce est une chose, mais devoir débourser plusieurs centaines de dollars pour assister à ses événements peut vite devenir un stop à la participation de ces activités de réseautage pour le jeune entrepreneur en herbe. C'est la même chose pour la publicité et pour bien d'autres opérations propres à une entreprise. Selon moi, il y a une masse critique à atteindre pour assurer le bon déroulement des activités d'une entreprise et c'est une erreur que de vouloir hypothéquer l'entrepreneur avant l'accomplissement de cette masse critique.
L'ironie, c'est que même ces fournisseurs potentiels en sont perdant. Dans bien des cas, une entreprise ne roule pas à capacité maximale et pourrait sécuriser un revenu futur en optimisant ses opérations. Si cette entreprise dispose de temps ou de ressources, elle a tout intérêt à les rentabiliser plutôt que de lever le nez parce qu'un entrepreneur ne dispose pas de ressources liquides pour compléter une transaction. Quel gaspille lorsque deux entreprises ne s'entendent pas pour l'échange d'un produit ou de services sur la simple prémisse qu'une liquidité immédiate n'est pas disponible. Résultat? Deux entreprises qui partagent un besoin commun s'en retrouvent perdantes.
Existe-t-il des solutions? Je crois que oui. Dans sa parution du mois de mai 2010, la revue Inc. discute d'une nouvelle approche du troc. L'article intitulé «A New Kind of Barter System: Trading Equity for Services, Instead of Cash», illustre la nouvelle tendance à échanger une partie de l'équité d'une entreprise contre des services. Quoique cette approche soit incomplète, elle est certainement une piste de solution intéressante pour les entreprises en devenir et certainement une solution que nous devrions encourager.
L'argent n'est qu'une devise universelle permettant une transaction. Cependant, l'erreur qui est souvent commise est de croire que cette devise est la SEULE devise. Je m'amuse à dire que l'argent est la devise des petits esprits. Avec un peu de créativité, il est possible de développer des systèmes transactionnels alternatifs qui répondront mieux aux besoins de la culture entrepreneuriale.
Non seulement ces approches alternatives encourageront-elles le développement de la culture entrepreneuriale, mais elles faciliteront aussi la survie de nos jeunes entreprises dans la période critique de leur développement.
Dans le domaine des négociations, il est souvent mention de l'importance de la multiplicité des modalités et de la créativité afin de favoriser une entente. Ceci est particulièrement le cas lorsqu'il est question de négociations intégratives1ou collaboratives. N'est-ce pas un excellent point de départ que de voir la devise autrement que sous la forme de capital liquide?
Je souhaite de tout coeur que notre société québécoise change de point de vue quant à la nature même de l'entrepreneurship. Ce n'est pas en évitant le risque qu'une société évolue. J'espère aussi qu'elle se dotera d'outils pour favoriser l'intégration et la maturation des nouvelles entreprises en territoire québécois. N'est-ce pas de cette manière que nous pourrons mieux nous positionner sur le marché global?
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1Le terme intégratif, tiré de l'anglais représente une négociation plus complexe où plus d'un élément est en jeu. Ce processus cherche à prendre en considération l'ensemble des besoins de toutes les parties impliquées, d'en comprendre les raisons sous-jacentes et de proposer des solutions créatives pour y répondre.